Hommage à Michel Colmant

Club - par Christophe Devaux & Bruno Derbaix, le vendredi 05 février 2021 à 14h08

Michel Colmant

Hommage à Michel Colmant

Le 5 février 2021

Parler de toi Michel en quelques mots n’est clairement pas chose aisée. Pour être honnête, nous aurions préféré que tu le fasses à notre place. Nous aurions préféré voir sur ton visage cette expression qui montrait que tu pensais tes bêtises avant de nous les dire.

Toujours pour être honnête, nous ne nous serions jamais imaginés prendre la parole dans une église. Puis nous nous sommes demandés comment résumer toutes ces histoires, ces anecdotes, ces envolées… et nous nous sommes dits que finalement l’église était un bon endroit, parce que l’image qui nous vient pour parler de toi Michel, c’est celle d’un bon repas.

Qui parmi nous n’a pas profité de ces bonnes tablées avec toi Michel ? Cela commençait à l’apéro, lorsque, puisant dans ton immense répertoire d’histoires, ton humour savait nous décaler et nous faire vite oublier notre journée. Pour ceux qui ne te connaissaient pas, l’apéritif était aussi l’occasion de quelques piques, de cette manière élégante que tu avais de tester les personnes avant de mieux les embrasser. Ce moment était pour nous la démonstration de ton ouverture sur tous les gens. Quels que soient les sexes, les origines, les manières de parler, tu avais ce plaisir d’aller vers les autres, juste naturellement.

L’apéro, c’était aussi le lever du rideau. On découvrait tout ton goût pour le théâtre et l’emphase. Ce sens de la représentation se poursuivait ensuite dans la « commande ». Tu aimais le public et tu savais mettre l’intensité pour qu’il écoute. Tes commandes étaient succulentes, parce que tu savais surprendre, aussi parce que tu savais comment concocter un bon programme à partager.

Mais commander c’est aussi s’engager. Et c’est là clairement une de tes qualités. En un clin d’œil tu étais capable de « juger une situation et foncer ». Au Logis tu as su voir tout le potentiel d’une équipe qui voulait le renouveau. Tu as su te mettre à nos côtés, nous épauler, savoir quand t’engager et quand lever le pied. Il y a presque trente ans, tu as ainsi su redresser le club, faire confiance à ses nouveaux dirigeants et les aider à s’impliquer avec expérience et talent. A certains moments tu as aussi fait quelques pas en arrière mais, pour le plaisir ou par nécessité, tu as ensuite été là à chaque fois que nous avions besoin de toi. Plus largement, s’engager revenait pour toi très souvent à « défendre ». Qui d’ailleurs parmi nous n’en a pas profité ? Défendre l’ami, défendre l’ivrogne, défendre celui qui en avait les moyens… défendre surtout ceux qui en avaient besoin. Dans ces situations où tu étais chevalier, tu savais trouver les mots sans juger. Tu savais nous faire comprendre que tout le monde a sa part d’ombre et qu’il était beaucoup plus sain d’en rire que de dramatiser.

Ce sens de l’instant présent, tu l’avais au moment de l’« entrée » comme au « plat de résistance ». Parce qu’il fallait pouvoir tâter plusieurs saveurs, parce que, définitivement, le goût devait être au rendez-vous, tu étais un ogre de la vie. Dévorer une viande rouge ou un plat arrosé de « Slivovic », plonger dans la culture ou dans des dizaines de BD’s, s’emballer pour la photo, la moto ou toutes ces contrées qu’elle permet de visiter. Tu étais tellement passionné que tu as réussi à faire acheter à Kik, à lui le piéton bruxellois invétéré, un magazine de bikers dans lequel tu avais publié un article sur la route « 66 ».

Et puis venait le dessert, le moment des vraies douceurs : l’accolade et l’embrassade dont tu étais un maitre et qui , depuis des mois, nous manquent cruellement. A ces instants, ta chemise avait tendance à s’ouvrir, passant de la discrète élégance à la vraie décontraction. Ce temps du dessert était aussi l’occasion du massage dont tu étais friand. C’était surtout le moment où le temps s’allongeait dangereusement, où l’instant prenait presque toujours le pas sur les enjeux du lendemain.

Enfin arrivait le pousse, qui en général aurait dû conclure le repas. Avec toi, très souvent cela n’arrivait pas, parce que, sur le chemin, tu pouvais t’égarer et ne pas revenir. Sincèrement, cela ne nous est-il pas arrivé à tous ? de te voir disparaître sans prévenir ? Et puis, si d’aventure tu parvenais jusqu’au pousse, il t’arrivait également de ne pas t’arrêter là, enchaînant directement sur un nouvel apéro, engageant de la sorte un nouveau numéro.

Michel tu étais définitivement un anticonformiste. Par ton éloquence, tu savais nous transporter. Par ton humour, tu étais capable de briser les carapaces comme d’ouvrir les esprits.

Au Logis, nous retiendrons de toi ce rôle de président d’honneur : cette personne qui en jetait lorsqu’il nous représentait, ce sage que l’on consultait pour les dossiers importants. Nous retiendrons ton sens du décalage, cette manière que tu avais de mélanger les mondes. Imprégné de surréalisme, tu étais capable d’inviter à la table des interclubs des personnes inédites : de Che Guevara à Vladimir Poutine en passant par le petit Mickey. Avec tes éternelles chaussures de marin, tu les faisais danser au rythme de tes réparties cinglantes et déconcertantes. Lorsque tu as finalement perdus ces fameuses Docksides dans un marécage au Brésil, on te l’assure : plus d’un ont versé une larme.

Nous retiendrons de toi cette magie par laquelle, plutôt que de nous agacer, tu parvenais à ce que tes défauts soient source de sourires et de bonne humeur. Cette élégance qui faisait que les soucis étaient oubliés, que l’on pouvait se projeter dans le futur plutôt que de ressasser le passé.

Michel nous retiendrons de toi cette culture de la liberté, cette capacité à partir trop vite, et à revenir par surprise quand on a besoin de toi.

Tu es définitivement parti trop vite, nous laissant le sentiment que nous ne pouvons plus faire de bêtise, sachant que tu ne seras plus là pour ensuite nous protéger. Pour te voir réapparaître cependant, sois en sûr, tu as laissé tellement de traces qu’elles ne manqueront pas de nous accompagner et de nous inspirer.

Adieu l’artiste

Pour le comité du Logis, Christophe et Bruno

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